Pourquoi utiliser un câble multipaire en sonorisation de scène ?
Lorsque plusieurs instruments, micros et sources audio se branchent en quelques minutes lors d’un concert, une organisation irréprochable s’impose côté technique. C’est là que le fameux câble multipaire — aussi appelé “snake” — entre en jeu. Ce câble regroupe plusieurs lignes audio indépendantes dans une même gaine, facilitant un câblage massif, rapide et fiable entre la scène et la console. Dans le Live, il est devenu le bras droit de tout technicien du son. Ses avantages sont nombreux : minimisation du bruit, réduction du temps d’installation, diminution de l’enchevêtrement de câbles, plus grande sécurité, mais aussi modularité.
- Rapidité d’installation : Fini les allers-retours avec dix câbles XLR sous le bras : on déroule un seul câble, et c’est terminé.
- Sécurité : Moins de câbles, moins de risques de trébucher sur scène ou en coulisses — un véritable enjeu lors de festivals ou de spectacles à grande échelle (cf. Sound On Sound, 2019).
- Propreté visuelle : Un plateau musical avec un minimum de câblage visible est non seulement plus fonctionnel, mais aussi plus esthétique.
L’utilisation de multipaires n’est plus réservée aux grandes scènes : on les trouve de plus en plus sur les concerts intimistes et les scènes de clubs. Leur structure et leur connectivité variées les rendent adaptables à la plupart des contextes.
Structure et types de câbles multipaires : que choisir selon le contexte ?
Un câble multipaire se compose d’un certain nombre de “paires” (souvent entre 8 et 48), chacune constituée de deux fils conducteurs, blindés pour prévenir les interférences. À chaque extrémité, on retrouve généralement :
- Une “boîte de scène” (stage box) côté plateau, équipée de connecteurs femelles (XLR, parfois jack TRS), où l’on branche les sources audio
- Des « queues de serpent » (fan-out), avec des connecteurs mâles, côté console.
| Nom |
Nombre de paires |
Connectique |
Utilisation courante |
| Snake 8x4 |
8 entrées / 4 retours |
XLR |
Clubs, petites scènes |
| Snake 16x4 |
16 entrées / 4 retours |
XLR |
Concerts live, petits festivals |
| Snake 32x8 |
32 entrées / 8 retours |
XLR |
Scènes moyennes à grandes, théâtre |
Il existe également des multipaires “tout jack”, hybrides ou numériques (AES/EBU, réseau Dante) apparus massivement ces dix dernières années avec l’essor des consoles numériques. Mais le principe reste identique : simplifier la gestion de plusieurs signaux audio.
Branchement d’un multipaire sur scène : mode d’emploi
Avant l’installation : préparation et repérage
Pour éviter la panique pendant la balance, il est conseillé de commencer par dessiner un plan de scène et lister les sources à connecter. Ensuite, numéroter chaque câble de scène (ou chaque entrée sur la boîte) permet de localiser un problème rapidement si un micro ne fonctionne pas.
- Repérage : Utilisez du gaffer coloré, des étiquettes numérotées ou même des colliers de serrage pour marquer chaque extrémité des entrées et sorties.
- Test préalable : Testez le multipaire avant la prestation pour éviter la mauvaise surprise d’un canal défectueux.
Installation : étapes clés
- Déroulez le câble multipaire sur une trajectoire dégagée, de façon à éviter les tensions excessives ou de croiser des lignes électriques (risque de bruit parasite).
- Positionnez la boîte de scène côté plateau, idéalement là où elle reste accessible mais pas dans le passage des artistes.
- Branchez chaque source (micro, DI box, clavier, etc.) à l’entrée correspondante sur la boîte de scène, en respectant le plan préparé.
- Reliez les queues de serpent (fan-out) aux entrées de la console de mixage ou du patch, en vérifiant la correspondance des numéros.
- Pour les retours (retour casque ou wedge), utilisez les sorties dédiées du multipaire (souvent marquées en rouge). Cette opération s’avère précieuse pour gérer les retours de scène sans rajouter un second multipaire.
Anecdote partagée par de nombreux techniciens : une scène de festival sans multipaire se transforme vite en chantier, surtout lors des changements de plateau express. L’expérience venue du terrain montre qu’un multipaire fiable (et bien entretenu) sauve régulièrement la mise !
Gestion des problèmes courants : astuces et diagnostics utiles
Même les meilleurs systèmes peuvent rencontrer des difficultés. Voici ce que rencontrent souvent les techniciens de son en Live :
- Bruit ou buzz : Problème souvent causé par des masses mal reliées ou un câble trop proche d’une source de courant fort. Dérouler le multipaire à l’écart des multiprises électriques ou utiliser des modèles bien blindés limite les risques (ProSoundWeb, 2021).
- Canal muet : Soit l’entrée correspondante a un faux contact, soit la fan-out est endommagée. En concert, gagner un quart d’heure grâce à un câble testeur pour localiser le défaut peut éviter de rater une balance.
- Oxydation/Jack coincé : Adapter un spray contact régulier pour les connecteurs XLR, spécialement sur les multipaires stockés en conditions humides (warehouse, camion).
Certains techniciens ajoutent des « patch panels » intermédiaires ou des “splitters” pour dédoubler les signaux, par exemple pour une prise de son/console de façade + console de retour, ou pour la captation vidéo. Attention : sans boîtier “splitter” adapté, cela peut dégrader la qualité du signal.
Des configurations pratiques adaptées à chaque scène
Pour un groupe de rock :
- 1 multipaire 16x4 classique : 8 entrées batterie, 2 guitares, 1 basse, 2 voix principales, claviers, ambiance
- 4 retours pour gestion indépendante (batterie, guitare, chant, basse)
Pour un plateau multi-artistes (festival) :
- 1 multipaire principal 32x8
- Possibilité d’ajouter un “sub snake” (ex : un multipaire 8 voies pour la batterie déjà installée au fond de la scène)
- Gestion aisée des changements en fractionnant les sources (et accès rapide aux Départs/Auxiliaires)
Pour un orchestre ou le théâtre :
- Multipaires avec des longueurs adaptées (souvent 30-50m pour garantir la distance jusqu’à la régie en fond de salle)
- Câbles multivoies mixtes, intégrant la vidéo, l’audio, parfois le DMX pour l’éclairage
Conseils pour l’entretien et la longévité du multipaire
- Enroulez toujours le multipaire façon “over-under” pour éviter l’emmêlement et conserver la gaine intacte (cf. vidéos pédagogiques Shure Europe).
- Stockez dans un endroit sec et propre, avec une protection adaptée lors du transport.
- Contrôlez visuellement les connecteurs à chaque utilisation, nettoyez avec un spray contact si besoin.
- En cas d’accroc sur la gaine, utilisez une gaine thermorétractable ou du gaffer renforcé, avant toute réparation par un professionnel.
L’avenir des multipaires : entre tradition et numérique
Si les multipaires traditionnels conservent une place de choix dans le monde du spectacle, nombre de techniciens adoptent aujourd’hui des solutions numériques (réseaux type Dante, MADI, AVB) pour transmettre des dizaines de signaux par un simple câble Ethernet. Cependant, la robustesse, la simplicité et l’universalité du multipaire analogique (XLR) restent souvent préférées pour le Backline ou les configurations urgentes : il n’a pas dit son dernier mot, et savoir le maîtriser est indispensable pour tout technicien du son ou musicien de scène.
Sources : Sound On Sound, ProSoundWeb, Shure Europe, Audio-Technica France, Yamaha Pro Audio.